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La porte d'entrée de Jean-Marie
Photographie
Profondément attachée à la matérialité des images, Ségolène Chassain utilise principalement le moyen-format et la chambre photographique, deux techniques exigeantes qui traduisent son gout pour le geste artisanal et la précision. Sa démarche artistique s’articule autour de deux grands axes complémentaires. D’un coté, elle s’inscrit dans la tradition du documentaire social s’intéressant aux personnes vivant des situation de précarité ou de lutte, elle cherche à rendre visible des histoires et trajectoires des mis à l’écart. C’est ainsi qu’elle réalise la série photographie intitulée Blanca où elle a suivi le quotidien d’une militante de La ligue des travailleuses domestiques à Bruxelles. De l’autre coté, son travail explore la part mystérieuse et poétique de son environnement natal, le Quercy. Elle s’intéresse à la géologie, à l’histoire et aux croyance populaire de la région. Par la matérialité de ses images, ses choix techniques et ses tirages soignés, Ségolène Chassain invite le spectateur à un voyage à la fois documentaire et onirique, où chaque photo devient une trace, un indice, un fragment de mémoire à interpréter. Sa pratique de la médiation artistique, notamment auprès d’un jeune publique, participe de cette même volonté de rendre la photographie accessible et sensible.
L’œuvre « La porte d’entrée de Jean-Marie» s’inscrit dans une démarche de recherche et de création articulée autour de la figure de Jean-Marie Massou, artiste marginal et autodidacte ayant façonné son propre univers dans le Lot. Pendant un an, Chassain a exploré le Quercy à l’aide d’une chambre photographique, en interrogeant la géologie, la préhistoire et le paysage comme vecteurs d’un dialogue visuel et symbolique avec l’univers de Massou. Ce travail a donné lieu à une exposition et à un livre, organisés en trois chapitres : Rencontrer, Pister et Creuser. Dans Rencontrer, Chassain documente le site de Marminiac, où vivait Massou, afin de s’imprégner de son environnement et de sa vision du monde. Pister marque une phase introspective, où l’artiste cherche des résonances entre son propre regard sur le paysage et celui de Massou. Elle obtient pour cela un accès prolongé à des sites emblématiques, comme les Phosphatières du Cloup d’Aural, qu’elle photographie durant six mois. Enfin, dans Creuser, ne pouvant accéder aux galeries souterraines de Massou, elle cherche une continuité sensible dans d’autres grottes de la région, notamment celles de Lacave et de Cougnac. À travers cette approche, Chassain ne se contente pas de documenter un territoire : elle y inscrit une quête de mémoire, d’intériorité et de filiation artistique. L’œuvre devient ainsi une tentative de rendre visible un monde enfoui, entre réel et imaginaire, où la photographie se fait à la fois trace, exploration et hommage.